Changer ses habitudes avec le vertical

Mis à jour : 3 janv. 2019

Depuis des années je photographie comme je vois, à l'italienne, à l'horizontal, au format paysage. Plutôt classique en street photography. Mais voilà, Pour paraphraser Thomy Keat, interviewé par Pierre Montant dans l'une de ses vidéos sur la photo de rue : "Il faut sortir de sa zone de confort.... J'ai essayé, et même si ça marche pas, peu importe".

Ce geste ne m'est pas naturel. Loin de là. Dire que je l'ai adopté est exagéré. Mais je me suis exercé car pour une simple raison technique au départ et parce que j'y ai vu un intérêt dans une démarche créative. L'expérience était intéressante... Et on n'a jamais fini d'apprendre alors...


C'est grâce au livre "Segredos du Portugal" que j'ai travaillé mes cadrages et compositions différemment. Ce projet, réalisé sur un an avec Cédric Roux, Luis Cavaco et Anthony Lebourlier, devait aboutir en décembre 2018 à un beau livre croisant 4 regards différents sur le Portugal.



Pour des raisons de mise en page, j'ai doublé les images en cadrant systématiquement verticalement ou horizontalement. Un effort de composition que je n'étais pas habitué à faire. J'apporte beaucoup d'attention à mes cadrages et compositions, le défis était donc important en changeant de format.


Au final, seules quelques unes ont été retenues. Mais finalement très peu. Cela m'a intrigué. Quelle fonction avaient ces images pour qu'elles ne soient pas davantage représentées ?


L'intérêt d'une image au-delà de sa valeur artistique


C'est une réflexion que j'avais déjà entendue : une image peut être utilisée, voire transformée, en fonction du medium.


Certains photographes recadrent des images en verticales dans des livres pour mieux servir une narration alors qu'elles sont exposées au format d'origine en galerie. Je n'ai pas de jugement sur ce point car je finis par penser qu'au-delà de l'image, le message véhiculé est plus important.

Et en fonction du support, l'impact et le message peuvent être différents et il faut peut-être sortir des doctrines qui veulent qu'une image est "sacrée", ne doit pas être retouchée ou recadrée.


Pour dynamiser la mise en page du livre et offrir une expérience de lecture plus attrayante, les Verticales ont été intégrée de cette façon :

J'apprécie le fait que l'image verticale soit relativement petite et centrée au coeur d'un carré blanc. Elle est ainsi moins isolée sur une page. Bien sûr, le choix d'imprimer une image horizontale sur deux pages aura toujours ses détracteurs, mais je trouve que cette image s'y prête et pousse à une lecture directe des deux images ensemble avant de s'attarder sur chacune d'entre elles.


Mais pour autant, pourquoi aussi peu d'images verticales, et je ne parle pas uniquement de la street photography où elle est pratiquement inexistante ?


J'ai donc essayé de construire un récit photographique à travers mes verticales et le constat est le suivant : l'intérêt graphique et esthétique est évident. J'ai l'impression qu'une série verticale change la perception du lecteur. Je trouve la complémentarité des images plus évidente car elles semblent plus proches l'une de l'autre (comprendre la lecture de droite à gauche ou de gauche à droite est plus rapide). Mais, j'ai un problème de message, preuve qu'il reste encore beaucoup de travail... Chaque image ne délivre pas encore un message qui lui est propre et l'approche est encore trop descriptive, esthétique.


Pour exemple, ce triptyque qui me permet de jouer sur les matières et les courbes. Un choix purement esthétique qui ne délivre pas de message particulier. Mais pourquoi pas ?


Une expérience convaincante ? Hummm pas vraiment...


... Pas vraiment dans le sens : il reste du boulot à faire avant d'y arriver...


Les plus

  • J'aime la possibilité de changer de perspective et de remettre en cause ma façon de cadrer au moment de la prise de vue.

  • En scénographie, on peut travailler une nouvelle dynamique de présentation d'images.

  • Le travail en diptyques ou triptyques est assez pratique. 2 ou 3 images = (plus ou moins) 1 image selon que l'on choisit une présentation carré ou horizontale.

Les moins

  • Instagram : l'image me semble très - trop - petite en terme de présentation.

  • A trop réfléchir au cadrage, on perd la spontanéité. Ce n'est d'ailleurs par pour rien que mes Verticales ne sont pas des photos de rue mais des paysages. Je n'ai pas encore les réflexes.

  • En photo de rue, hormis le fait que le format ne correspond pas à une vision "normale", le cadre dans lequel les gens s'inscrivent est deux fois plus réduit. Lorsqu'on a "locké" sont second plan, il y a peu d'espace pour laisser évoluer un passant. Alors qu'un cadrage horizontal sera naturellement plus confortable pour placer son personnage et donc avoir une seconde supplémentaire pour pour shooter.

J'ai aimé l'expérience, mais il faut s'exercer davantagepour sortir de la photo descriptive - contemplative et un peu "facile". De là à retrouver les mêmes réflexes qu'en cadrage horizontal, je ne suis pas certain. En revanche, je retiens la rupture de rythme que le format procure dans une scénographie (livre, expo, galerie web).


A creuser donc...


Références :


- Vidéos documentaires de Pierre Montant sur la Photographie de rue (plusieurs épisodes, plusieurs photographes, des avis multiples et intéressants... A voir !)

- L'instagram de Laurent Lavergne (ma référence en Verticales de rue, je vous engage à parcourir l'ensemble du mur... Ainsi que son site)

- La série "Noir Vertical" de JC Béchet

- Sergio Larrain (voir la page dédiée sur Magnum)

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